Contexte : les patrons de l’IA annoncent tous la même chose : “l’IA va supprimer des millions d’emplois”. Le CEO d’Anthropic parle de 50% des jobs juniors détruits. Elon Musk dit qu’un jour “plus aucun travail ne sera nécessaire”. Sam Altman évoquait déjà un effondrement du coût du travail humain.
Sauf que quand on regarde les chiffres réels… l’apocalypse n’est pas là. L’emploi tech américain est passé de 8,7M de personnes en 2020 à 9,6M en 2023, puis a simplement stagné depuis. Même les licenciements chez Meta, Microsoft ou Tesla ressemblent souvent davantage à des corrections post-Covid qu’à des suppressions massives liées directement à l’IA.
Je vois 3 scénarios possibles :
1) Soit la bulle IA éclate (les dépenses colossales ne génèrent pas les revenus attendus et les licenciements arrivent à cause d'une récession classique, pas de l'IA).
2) Soit l’IA arrive mais lentement (le paradoxe de Jevons s'applique : quand une ressource devient moins chère, on trouve un million de nouveaux usages, les comptables de 1979 sont devenus 4x plus nombreux après l'arrivée du tableur).
3) Soit l’IA arrive si vite que les filets sociaux ne suivent pas (disruption simultanée de tous les secteurs, politiques publiques dépassées)Et c’est le scénario 3 qui m’inquiète le plus. Dans les scénarios 1 et 2, la société a le temps de s'adapter. Dans le scénario 3, tout arrive en même temps (finance, droit, conseil, code, service client) avant que quiconque ait eu le temps de réagir. Or l'histoire montre que les grandes disruptions sociales ne viennent pas du chômage de masse... mais des gens qui travaillent encore mais ont perdu leur dignité économique. Des gens qui bossent 40 heures par semaine et ne s'en sortent plus. C'est là que les sociétés se fracturent.