On entend encore souvent que l’Afrique serait “à la traîne”.
Les chiffres racontent autre chose.
Le continent devrait atteindre 4 % de croissance en 2026, contre 3,9 % en 2025 et 3,5 % en 2024. Surtout, il résiste mieux que d’autres aux tensions commerciales mondiales, car moins exposé aux guerres tarifaires américaines.
Côté consommation, la dynamique est réelle.
La ZLECAF, le marché commun africain, représente 1,3 milliard de consommateurs et 3 400 milliards de dollars de PIB.
Un marché intérieur en construction, immense, encore largement sous-exploité.
Et puis il y a la démographie.
60 % de la population africaine a moins de 25 ans.
Un réservoir colossal pour le mobile, les paiements numériques, l’éducation en ligne, les services.
Mais cette jeunesse est aussi une ligne de fracture.
Sans emplois ni perspectives, elle devient un facteur d’instabilité politique et sociale.
Des mobilisations ont déjà éclaté au Kenya, au Maroc, à Madagascar ou en Afrique de l’Est, souvent réprimées.
Le vrai problème est ailleurs.
Environ 20 pays africains sont aujourd’hui en situation de surendettement ou proches de l’être. Le remboursement de la dette capte une part croissante des recettes publiques. Moins d’argent pour l’éducation, la santé, les infrastructures.
Et évidemment, l’Afrique attire toutes les convoitises.
États-Unis, Chine, Europe, pays du Golfe.
Tout le monde veut sécuriser cobalt, cuivre, terres rares, devenus essentiels à la transition énergétique.
Le risque n’est donc plus le manque de croissance.
Le vrai risque, c’est la capture de cette croissance.
Sans industrialisation locale, sans contrats équitables, sans contrôle stratégique, le continent restera dépendant et privé d’un développement réellement durable.
